L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE ÉTAIT-IL BIEN PARTI ? – IBRAHIMA DIAWARA

L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE ÉTAIT-IL BIEN PARTI  – IBRAHIMA DIAWARA

L’ENSEIGNEMENT TECHNIQUE EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE ÉTAIT-IL BIEN PARTI – IBRAHIMA DIAWARA

IS TECHNICAL TEACHING IN SUB-SAHARAN AFRICA WELL STARTED?

Ingénieur en Génie Mécanique, Chef de la section Mécanique Automobile – ENSET – Libreville, Gabon

SUMMARY

During the periods of pre and post-independence, quasi-all the vocational and technical professors were Europeans. At those times, Europe even though highly developed, needed hugely industrial growth. To accomplish that deal, Europe needed all its intellectuals in this field: teachers, engineers… Thus, Africa whose technical education had just started had to content itself with the unused remaining (often for reasons of various services or family reunions) of trained educated people that the West could give it. Who says remaining says qualitative deficit. In fact, most of these trained educated people were new qualified with less experience or simply good workers. From that fact, as far as the initiation step was concerned, that is to say the very first years, they could do their jobs properly. However, once they had to specialize or professionalize, inadequacies linked to their competences would appear. It is so clear that when referring to that cliché, the first African technical trained educated people issued from that system had many deficiencies. As we can notice, the beginning, the very foundation of that system went wrong. That is why we can objectively assert: “No, the technical education in sub-Saharan Africa was not well structured at the beginning”. So, in order to bring an element of solution amongst others to this perpetual crisis of Sub-Saharan Africa, we would like to take the opportunity to make some critical proposals, based on the type of trained educated people we need for the future generation.

INTRODUCTION

Depuis 1971, soit depuis trente-quatre ans sans interruption, je suis dans le milieu de l’enseignement technique Africain. L’intégralité de mes études secondaires et supérieures a été effectuée dans des établissements techniques à Dakar puis terminées par une spécialisation au Japon. Ma vie active s’est aussi déroulée dans des écoles de même type à Dakar et à l’ENSET de Libreville où j’exerce depuis 1987. Vu la circonstance, je me suis senti le devoir de puiser dans ce vécu pour rédiger ses quelques lignes afin, je l’espère, de contribuer modestement à notre rencontre. Ainsi, vais-je essayer de faire une critique formulée sous forme d’exemples parlant d’eux-mêmes et un constat, de l’enseignement technique en Afrique subsaharienne afin de donner une réponse à l’interrogation exprimée à l’intitulé.

CRITIQUES

Parmi les multiples avantages générés par l’enseignement technique, depuis son avènement dans nos pays, on peut citer :

  • la formation de techniciens dans des domaines variés,
  • la participation de ces derniers dans le processus de développement africain etc. ..

Cependant, comme tout système, l’institution de l’enseignement technique recèle certains inconvénients, sur lesquels nous allons surtout nous appesantir. Le fait que nous partageons tous ici le souci de mieux faire l’exige.

Exemples

  • J’ai été marqué, étant étudiant (2e année IUT de Dakar), d’avoir un professeur coopérant de tournage qui avait des difficultés lorsqu’il s’agissait de raisonnements
  • A cette même période je me rappelle le cas d’un de mes enseignants coopérants de travaux pratiques moteurs qui, sujet brillant, agrégé en mécanique appliquée, n’était pas à l’aise aux manipulations : la cause était sûrement le manque d‘expérience c’est-à-dire de confrontation d’un savoir riche et pertinent à la réalité de pratique. Ceci montre à suffisance la nécessité d’associer savoir et savoir-faire pour mieux faire

Ces exemples parmi d’autres ont favorisé en moi, le déclic me permettant de comprendre que dans un tel contexte, l’autoformation doit forcément occuper une place prépondérante pour le reste de mes études.

  • Ici au niveau de l’ENSET de Libreville, j’ai eu à côtoyer un collègue coopérant qui vraisemblablement avait quelques insuffisances d’expression en langue française.
  • Étant moi-même un produit du système, il m’est arrivé d’être confronté à certains problèmes techniques dans l’exercice de mes
  • J’ai eu à observer dans certains établissements techniques certains équipements de performance, d’utilités évidentes qui, depuis leur installation, c’est-à-dire quinze ou vingt ans, n’ont jamais été utilisés à pleine capacité par déficience de compétence
  • Dans un document intitulé : « Réflexion autour d’un projet de réforme de l’ENSET » datant de 1991, élaboré par l’ensemble de son corps professoral, il est écrit : « L’Enseignement technique gabonais est en crise ». On y trouve l’organigramme ci-dessous très révélateur, symbolisant le phénomène d’amplification des insuffisances, qui doit alerter tout acteur et public intéressés.

Cette boucle dont les conséquences sont désastreuses, rencontrée dans la plupart de nos pays, nous montre combien il est urgent de briser ce cycle, et d’inverser le sens d’évolution des niveaux étagés.

Constat

Plusieurs secteurs d’activité sensibles de nos pays sont sérieusement handicapés par un manque de techniciens d’entretien qualifiés. On prendra pour exemple :

  • le transport urbain où une grande partie des sociétés ont une durée de vie relativement courte parce que, dans une certaine mesure, ne disposant pas souvent de bons techniciens. C’est le cas de la SO.TRA.C (Sénégal) et la SO.TRA.VIL (Gabon).
  • la production et distribution d’électricité qui ne sont pas normalement assurées dans plusieurs de nos grandes villes. Et là aussi l’entretien inadéquat en est une des
  • les services d’entretien courant non plus, ne sont pas épargnés. Il arrive très souvent que par exemple pour une petite panne, j’amène ma machine chez le technicien du coin qui la rend définitivement hors d’usage du fait de son incompétence en la matière.

Causes

Parmi les principales causes qui nous ont conduit à cette situation on peut citer :

  • une politique d’éducation pas souvent visionnaire
  • des moyens matériels insuffisants
  • des moyens humains insuffisants. Et sur ce point, en faisant une rétrospective, je me suis alors interrogé : « l’enseignement technique en Afrique subsaharienne était-il bien parti ? »

Pendant la période coloniale pourrions-nous dire, dans la première décennie après l’avènement des indépendances (1960) la quasi-totalité des professeurs techniques de nos pays étaient Européens. A cette époque, l’Europe bien que très développée, avait toujours un besoin immense de croissance industrielle. Et que, pour satisfaire cette donne, elle avait besoin de tous ses cadres  dans  ce  domaine : enseignants, ingénieurs, etc. Par conséquent, l’Afrique qui était en phase de démarrage de son enseignement technique, ne pouvait que se contenter du reste non utilisé (souvent pour raison de services divers ou de regroupement familial) de formateurs que pouvait lui léguer les puissances colonisatrices. Qui dit reste, dit déficit qualitatif. Car ces derniers étaient pour la plupart de jeunes diplômés peu expérimentés ou de bons ouvriers. De ce fait, tant qu’il s’agissait de l’étape d’initiation, c’est-à-dire les toutes premières années, ils pouvaient assurer convenablement de leur mission.

Cependant lorsque survenait le moment de la spécialisation voire professionnalisation, des insuffisances liées à leurs compétences apparaissaient.

Il apparaît ainsi que la formation des premiers formateurs revêtait un caractère d’insuffisance. Comme on peut le constater, le début, le fondement même dudit système n’ayant pas été réussi, nous pouvons objectivement répondre à la question : « Non ! L’enseignement technique en Afrique subsaharienne n’était pas bien parti ». Tout constat appelle une directive. Ainsi, en vue de contribuer  à la recherche de solution stratégique dans notre domaine, nous aimerions saisir l’opportunité que nous offre ce colloque pour émettre une critique et quelques propositions-cadres, axées principalement sur : Le profil du formateur de la future génération de professeurs d’enseignement technique en Afrique

PROPOSITIONS

Au niveau de la chaîne complexe constituant un système d’enseignement, il n’est nul doute que l’un des maillons les plus importants est : le formateur, qui est un tout. Car comme on le dit souvent, c’est l’homme qui doit changer et le système dans lequel il évolue avec, et non le contraire. De ce fait, pour inverser cette tendance à la baisse continuelle des niveaux, l’action initiale doit être impérativement menée sur l’enseignant. Ainsi, nous pensons que pour doter ce milieu d’un formateur de qualité, il faut pour chaque pays :

  • que, pour tout ce qui concerne l’éducation, en particulier le professeur technique, soit adoptée une politique à la fois volontariste et de recul, c’est-à-dire mener une réflexion approfondie, pertinente avant de prendre les décisions appropriées.
  • une définition par les décideurs de deux ou trois domaines de priorité (par exemple pour le  Gabon : les métiers du bois et les travaux routiers) tous les dix ans, les satisfaire intégralement avant de s’en fixer de
  • envoyer dans les établissements étrangers les plus appropriés, un bon nombre d’étudiants les plus aptes possibles (futurs professeurs d’ENSET) dans les domaines précités, jusqu’à la maîtrise parfaite de leurs spécialités.
  • s’assurer qu’à leur retour, ils enseignent impérativement au moins pendant quinze
  • les mettre dans des conditions d’élite, de rémunération, de logement et de travail pour entretenir leur volonté.
  • susciter en eux un esprit d’excellence par un système de récompenses en fonction des prestations individuelles.
  • exiger d’eux des résultats.
  • instaurer un système d’inspection de leur travail, régulier et très
  • disposer dans leurs laboratoires de moyens matériels nécessaires et
  • évaluer l’évolution du système d’enseignement à l’échelle nationale tous les cinq
  • susciter en eux ces traits de caractères : don de soi, abnégation, dévouement.
  • que l’assiduité et la ponctualité souvent trop négligées, et qui pourtant sous-tendent tout le reste soient sacralisées.

CONCLUSION

En résumé et synthèse : notre attachement commun à l’éducation technologique et à la formation professionnelle m’a amené à vous faire part du sentiment de malaise assez communément ressenti de la situation de l’enseignement technique dans nos pays, de la formaliser rationnellement en propos afin d’en opérer le diagnostic et par la suite de présenter au colloque les propositions sujettes à réévaluation. Au demeurant, nous sommes convaincu que la solution peut être trouvée à cette situation qui, un tant soit peu, obère nos capacités d’asseoir un développement durable.

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