Instruments pour la professionnalisation des professeurs de philosophie : la fiche pédagogique Paul-Marie Bayama Bayama9966@gmail.com

Instruments pour la professionnalisation des professeurs de philosophie la fiche pédagogique

Instruments pour la professionnalisation des professeurs de philosophie la fiche pédagogique

Résumé

Poser la question du « comment préparer et exécuter un cours de philosophie ? », étonne parfois les philosophes eux-mêmes, puisque selon une certaine tradition, cet enseignement, va de soi. Mais comment professionnaliser, améliorer la qualité des enseignants de philosophie sans instruments de rationalisation de leurs pratiques en classes. Nous partageons ici notre expérience de formateur à propos d’un instrument banal pour d’autres disciplines mais qui est une innovation pour la philosophie : la fiche pédagogique. La fiche qui est la preuve de la préparation du cours est un descriptif minutieux de la démarche du cours qui indique, les objectifs, les contenus, la chronologie et les procédés prévu pour la mise en œuvre. Elle permet à l’enseignant prendre conscience de la complexité de son travail, de prévoir, de s’auto évaluer et d’améliorer ses pratiques. Elle est un outil de formation initiale comme continue, un médiateur objectif pour le suivi-évaluation de l’enseignant et dans la relation d’aide avec l’encadreur pédagogique.

Mots-clés

Didactique philosophie, fiche pédagogique, philosophie, professionnalisation des enseignants

Introduction

Dans son rapport de 2007, l’UNESCO avait un message, « une conviction forte : le droit à la philosophie pour tous » Et les motifs sont ainsi indiqués :

«Dans la mesure où la philosophie construit les outils intellectuels à l’analyse et à la compréhension des concepts essentiels de justice, de dignité, de liberté, où elle permet d’acquérir une pensée et un jugement indépendant, où elle stimule l’esprit critique nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux, dans la mesure enfin où elle favorise la réflexion sur les valeurs et les principes, la philosophie est une école de liberté (…) à mettre au service de l’éducation(…) L’initiation du plus grand public à la philosophie est existentielle au développement d’une culture démocratique. Elle contribue à la formation de citoyens libres par la formation d’un jugement autonome, le développement de l’esprit critique, de la force d’argumentation, l’acceptation de la contradiction, la soumission à la seule autorité de la raison. Son enseignement est une école de la responsabilité, de la citoyenneté et donc indispensable à l’enracinement de la démocratie » UNESCO (2005).

Sous l’appellation, enseignement de la philosophie, se cache parfois des objectifs, des pratiques et des résultats qui diffèrent jusqu’à la contradiction. Ce constat de la disparité des pratiques a été fait par un pionner de la didactique de la philosophie, Tozzi (2003). Il dénombre pour quelques pays d’Europe au moins trois paradigmes qui président à l’enseignement philosophique.

La problématique réelle de la didactique de la philosophie s’est imposée à nous d’abord comme professeur de philosophie débutant sans formation initiale dans les lycées au Burkina Faso et ensuite en tant que formateur d’enseignants de philosophie à l’Ecole normale supérieure de l’université de Koudougou.

Quelle que soit la formation académique initiale de l’enseignant de philosophie, il demeure que l’enseignement de la philosophie est une activité concrète de communication dans un espace particulier qui ne peut se déduire logiquement des acquis académiques disciplinaires. Cette activité dialogique est impérativement médiatisée par un langage et des artefacts. La pédagogie et ensuite la didactique naissent de la prise de conscience que l’enseignement, la transmission du savoir ne va pas de soi, surtout en philosophie. Cette discipline est traditionnellement réputée comme complexe et difficile d’accès. Et c’est bien un paradoxe de considérer que l’enseignement de la discipline la plus inaccessible peut se faire en dehors de sa didactique. La philosophie puisqu’elle est une discipline qui s’enseigne est de facto inscrite dans le champ de la didactique et les enseignants de philosophie sont tous des praticiens de la didactique qui s’ignorent. En conséquence, pour donner un contenu, rassembler les ressources et les instruments de la didactique de la philosophie, l’observation, l’explicitation et la capitalisation des expériences des professeurs et des formateurs en philosophie a été la meilleure piste à considérer. Cette démarche que nous avons expérimentée en philosophie peut être partagée pour comme processus de didactisation dans d’autres disciplines pour la professionnalisation des enseignants.

Comment concevoir un cours de philosophie, le mettre en œuvre et l’évaluer ? Ou encore avec quel outil un enseignant et particulièrement un enseignant de philosophie peut-il prouvé concrètement, a priori comme a posteriori, qu’il agit en professionnel dans la classe ? De notre point de vue, l’existence de la fiche pédagogique ou plan de séance, sans préjuger de la qualité de son contenu et de sa mise en œuvre, est un indicateur minimal. C’est en particulier notre expérience en matière de fiche pédagogique comme innovation dans le contexte burkinabè que nous partageons et mettons en discussion.

Nous situerons d’abord notre entendement de la philosophie en tant que discipline enseignée avant d’exposer notre expérience de la fiche pédagogique en philosophie comme instrument dans la mise en œuvre du cours de philosophie et outil de professionnalisation.

Philosophie, épistémologie et didactique de la philosophie

De la philosophie, il est utile de circonscrire sa définition au fondement de nos propos. Piaget (1968, p 57) donne cette définition que nous épousons :« La philosophie est une prise de position raisonnée par rapport à la totalité du réel.» La philosophie est donc toute représentation du monde dont la nature spécifique est la rationalité. Elle est « la rationalité systématique intégrale ». Bayama (2011, p 4).

Comme discipline, depuis Kant, la distinction entre philosophie et philosopher explicite son contenu en deux aspects essentiels indissociables. Pour les promoteurs de la didactique de la philosophie, comme Tozzi, Kant aurait tout indiqué en privilégiant hiérarchiquement le « philosopher » par rapport à la « philosophie ». La philosophie, produit de pensée, savoir rationnel constitué est un moyen pour apprendre le philosopher, qui est le processus de pensée.

Comme discipline, il est aussi indispensable de clarifier les éléments constitutifs de la philosophie pour une didactisation pertinente. Discipline spéciale, certes mais elle partage avec les sciences humaines et sociales le même statut épistémologique. Il nous paraît ici utile de précise sa méthode. De notre point de vue la méthode de la philosophie comme discipline est l’argumentation. La philosophie ou la rationalité est « argumentative » ou « argumentante ». Le patrimoine textuel de la philosophie, sous ses différentes formes, est une collection de textes argumentatifs. Partir de concepts, dont le contenu, est soit purement logique, abstrait, ou de faits, en accord avec la raison pour tirer des conclusions elles-mêmes en accord avec les principes fondamentaux de la raison, voilà ce que fait la philosophie et c’est proprement de l’argumentation. ST-Laurent M. (2002-2003).

« L’argumentation est fondamentale dans toutes les sciences et, pratiquement, dans tous les champs de la vie humaine. Elle est toutefois l’instrument privilégié du philosophe qui, à défaut de pouvoir toujours s’appuyer sur une approche expérimentale, doit constamment s’efforcer de justifier rationnellement ses positions (…) Autrement, on ne manquera pas de vous reprocher de faire des affirmations gratuites, c’est-à-dire sans justifications rationnelles, sans argumentation appropriée pour les supporter. »

Poser l’argumentation, comme méthode propre à la philosophie, permet d’y englober les méthodes particulières des disciplines spécialisées et en même temps de faire le pont avec l’irrationnel, le domaine du sens.

Pour esquisser notre perception de la didactique nous souscrivons au point de vue selon lequel

« (…) la didactique concerne un champ bien délimité : celui de l’enseignement des contenus disciplinaires (…)

– La didactique interroge les connaissances : le choix des savoirs à transmettre. (…)

– D’autre part, la didactique étudie la manière dont les élèves s’approprient les savoirs, en fonction de leurs propres conceptions et des contraintes imposées par les situations de classe. Ces aspects induisent la recherche des meilleures modalités possibles de la transmission : réflexions sur les méthodes et sur les médiations pédagogiques appropriées. » Sciences Humaines (HS N°24-Mars/Avril 1999)

La didactique de la philosophie comme de toute autre discipline s’inscrit dans ces champs. Mais la nature de la discipline philosophie et son objet rendent certaines questions plus cruciales qu’elles ne le sont dans les autres disciplines. Notre propos ici, s’il traverse tous les deux aspects de la didactique de la philosophie, s’inscrit plus précisément dans le second aspect de la didactique. La formation professionnelle des enseignants doit s’appuyer sur la connaissance des meilleures méthodes et des médiations pédagogiques les plus appropriées.

Dans la didactique de la philosophie en construction, les modalités de la transmission des savoirs, les méthodes, techniques et procédés ne relèvent pas de savoirs constitués. Et l’intérêt de notre démarche est de proposer à l’analyse d’autres acteurs de la formation des enseignants un outil de formation que nous avons construit et que nous expérimentons dans l’enseignement de la philosophie.

La fiche pédagogique

La fiche pédagogique dans l’enseignement de la philosophie au Burkina Faso est d’adoption récente et n’est pas systématiquement utilisée ni obligatoire pour les enseignants. C’est en situation de formateur que nous inspirant des connaissances en ingénierie de la formation, nous avons commencé à l’utiliser comme outil de formation. La fiche pédagogique n’est ni plus ni moins qu’un plan de séance de formation adaptée à chaque discipline. La philosophie a une histoire particulière mais la philosophie, discipline scolaire et son enseignement, ne peut se prévaloir d’aucune particularité. Le professeur de philosophie comme tout autre enseignant est mandaté pour mettre en œuvre le programme de sa discipline conformément à des instructions officielles et dans les mêmes contraintes institutionnelles. Le cours de philosophie doit donc être planifié, réalisé et évalué en conséquence.

Le programme de philosophie du Burkina Faso, MESSRS (2010), malgré quelques modifications reste dans son fond et dans sa forme un héritier direct du programme français de 1973. Mais à la différence de la pratique française qui maintient l’enseignement de la philosophie à la seule classe de terminale, le Burkina Faso a introduit l’enseignement de la philosophie en classe de première depuis 1990 et en classe de seconde depuis 2010 (Arrêté, 2010). Dans le contenu, le programme a évolué d’une simple liste de notions à celle de notions explicitées par l’indication d’éléments de contenu ou « référentiels » pour les classes de premières et de terminales. Le programme de la classe de seconde porte essentiellement sur l’histoire de la philosophie.

Dans l’exécution, le programme n’impose pas à l’enseignant une chronologie. Celui-ci doit faire son plan de progression annuel et il la possibilité de regrouper les notions. Instructions officielles (MESS, 2010)

« Les référentiels annexés aux programmes de philosophie dans ce contexte essaient de baliser un minimum de contenu et peuvent être organisés autrement par le professeur. (…) L’ordre d’exposition ou de présentation des axes du cours dépend des problématiques posées qui orientent la logique d’ensemble du cours. Cependant, la construction du cours relève entièrement de la responsabilité du professeur. »

En situation de formation, les futurs enseignants sont amenés à prendre connaissance du programme et mis en face des contraintes de sa réalisation. Les instructions officielles donnent des indications théoriques qui ne résolvent pas la question praxéologique.

Une première activité de formation consiste à demander aux futurs enseignants de formuler des problématiques pour mettre en perspectives l’analyse des différentes notions dans le programme en tenant compte du contexte burkinabè. Cet exercice peut conduire à des regroupements de notions à travers une problématique transversale. Par la suite, il leur est demandé de faire un plan de progression annuel pour toutes les classes. Cet exercice vise à rationaliser l’exécution du programme et à s’assurer que tout le programme sera vu avant la fin de l’année.

C’est à la suite de ces exercices qu’ils sont amenés à proposer, pour chaque notion ou regroupement de notion, un plan d’étude dans la perspective de la problématique retenue. Le plan d’étude énonce les questions principales ou objectifs généraux et les questions secondaires ou objectifs spécifiques auxquelles il faut répondre pour résoudre le problème dégagé. Il est intéressant de rappeler que les non partisans de la didactisation de la philosophie ont contesté la pertinence même de la pédagogie par objectifs en philosophique au nom d’une dite spécificité de cette discipline.

Le contenu de l’étude de la notion se finalise avec la consignation du contenu des différents objectifs spécifiques. La fiche pédagogique est un extrait du plan d’ensemble pour une séance de cours. Au Burkina Faso, la durée officielle de l’unité de séance de cours au collège et au lycée est de 55 minutes. Le nombre de séances pour l’étude d’une notion varie en fonction de son contenu. Il faut en principe autant de fiches pédagogiques que de séances prévues pour l’étude d’une notion.

Nous insistons auprès des futurs enseignants pour dire que seule la présentation de leur fiche pédagogique indique que le cours de philosophie a été préparé. Une fiche pédagogique rigoureusement élaborée permet d’anticiper au maximum la réalité de la classe et de rendre les indispensables improvisations bien ajustées. Elle permet, entre autre, de faire le point des connaissances théoriques, de rechercher les procédés les plus adaptés en fonction de l’activité et du public cible.

Dans sa forme notre fiche comporte deux parties. Une partie entête qui indique le thème ou le titre de la leçon et la question principale qui est mise en perspective pour cette notion ou regroupement de notions. Elle indique aussi la classe, le nombre d’élèves, la durée de la séance et surtout les objectifs généraux et spécifiques de la séance. La deuxième partie de la fiche est sous forme de tableau comportant trois colonnes. La première colonne indique les activités à mener, la deuxième, le temps prévu pour chacune des activités. La troisième colonne précise le matériel didactique utilisé et les procédés choisis pour la mise en œuvre. Pour chaque activité qui correspond à la mise en œuvre d’objectif spécifique, les trois colonnes doivent être remplies. Les différentes lignes du tableau, en dehors de la première, qui est l’entête, correspondent aux étapes successives du cours. Il est recommandé deux à trois activités par séance de 55 minutes soit 15 minutes par activité, les 10 minutes restantes sont réservées à la mise en route du début du cours et l’évaluation à la fin de la séance. La rédaction des objectifs pédagogiques comme les procédés recommandés pour un enseignement efficace de la philosophie font l’objet d’un enseignement avant les séances sur la préparation du cours.

Exemple de fiche pédagogique d’une séance intermédiaire d’étude de notion

Titre ou Thème : L’Etat, la société et le pouvoir politique.

Problématique : Quelle est la meilleure modalité d’organisation pour vivre en une communauté heureuse ?

Classe :     TA

Effectif : 60

Durée de la séance : 55 minutes

Objectif général : A la fin de la séance, les élèves de la classe de terminale A seront capables d’apprécier la valeur de la démocratie dans leur contexte.

Objectif spécifique 1 (OS1) : A la fin de la séance, les élèves de la classe de terminale A seront capables d’expliquer les caractéristiques et modalités de la doctrine démocratique ;

Objectif spécifique 2 (OS2) : A la fin de la séance, les élèves de la classe de terminale A seront capables de justifier les mérites de la démocratie dans leur contexte.

Objectif spécifique 2 (OS2) : A la fin de la séance les élèves de la classe de terminale A seront capables justifier les limites de la démocratie dans leur contexte.

Tableau 1 : Séance intermédiare d’étude de notion

Activités
Temps
Procédés et matériel didactique
Rappel : A votre avis la doctrine anarchiste est-elle applicable dans notre société? Pourquoi ?
Plan au tableau
5 mn
Question orale +
Débat
Tableau + craie
1ère activité : Objectif spécifique 1 : Que signifie pour vous l’expression « nous sommes dans un État démocratique ?»
Contenu :
Le problème : Rousseau : concilier la liberté individuelle et la vie collective.
Définition : étymologie grecque ; Lincoln A.
Principes : loi et liberté ; volonté générale et volonté individuelle.
Les modalités : suffrage universel, séparation des pouvoirs, partis politiques pour l’expression des opinions. Liberté et participation des citoyens dans la gestion de la chose publique, etc.
10 mn
Tableau + craie
Procédure :
Débat+ dictée du résumé ;

 

Activités
Temps
Procédés et matériel didactique
2ème activité : Objectif spécifique 2 : Mérites de la démocratie ? Pourquoi souhaiteriez-vous vivre dans un état démocratique ? Donner vos raisons par ordre d’importance et justifier les !
Contenu
Mérites : Liberté, légitimité du pouvoir, absence de coup d’Etat, conciliation de la liberté individuelle et contraintes de la vie collective ; la loi règle tout au lieu de la force ; l’égalité de droit ; participation des citoyens, etc.
20 mn
Procédure : débat + dictée du résumé ;
3ème activité : Objectif spécifique 3 : limites de la démocratie ? En quoi la démocratie ne vous donnent-elle pas satisfaction ? Argumenter vos positions.
Limites : Modalités de mise en œuvre difficiles ; la réalité loin de l’idéal, pouvoir des riches, démocratie et libéralisme ; Liberté et égalité non réelle, etc. Platon.
15 mn
Procédure : débat + dictée du résumé ;
Évaluation de la séance : En définitive, pour ou contre la démocratie ? Que pensez-vous qu’il faut améliorer dans le contexte du Burkina ?
5 mn
Interrogation orale

 

Dans sa forme, la fiche peut être conçue en un tenant avec le contenu intégré dans le descriptif du cours. Notre exemple ici l’illustre très sommairement. Elle peut aussi être élaborée en dissociant le descriptif du cours et le contenu. Dans ce cas le contenu sera consigné sur d’autres feuilles annexées à la fiche réduite au descriptif et indiquant les objectifs, les titres des activités, les procédés et matériels choisis et le temps.

Nous estimons que la fiche pédagogique est un outil de professionnalisation pour maintes raisons. L’intérêt didactique premier de cette fiche est de faire naître la claire conscience que l’acte d’enseigner est complexe. Chaque activité dans le cours comporte au moins les trois variables que sont le contenu, le temps et le procédé avec le matériel. Un enseignement-apprentissage efficace ne peut se complaire dans la routine d’un même procédé pour tous les contenus. A chaque activité, il faut repenser la pertinence et la complémentarité des différentes composantes.

Par ailleurs la fiche déjà élaborée pour l’étude d’une notion ou d’un regroupement de notion doit être révisée à partir de sa mise en œuvre sur tous les plans : le contenu, le temps et les procédés didactiques. Cette révision du cours en vue de son amélioration suppose une attitude d’autoévaluation, de métacognition de la part de l’enseignant. L’existence du support rend cette réflexivité plus plausible et objective.

La fiche est de même un outil utile dans le suivi évaluation des enseignants, dans leur encadrement pédagogique. Elle permet à l’enseignant d’argumenter sur ses pratiques avec précisions. Si le temps prévu pour telle activité n’a pas été respecté, si le procédé choisi à tel moment n’a pas été efficace, quelles en sont ou en peuvent être les raisons ? C’est en se fondant aussi sur cette fiche que le dialogue avec l’encadreur pédagogique peut être objectif et profitable à une amélioration des pratiques en classe. La grille d’observation du cours dont se sert l’encadreur pédagogique portera sur les différents aspects du cours. Et la fiche est examinée par l’encadreur pour mesurer l’écart entre ce qui était prévu et ce qui est réalisé pour donner des conseils circonstanciés. La fiche pédagogique est un complément indispensable de l’observation directe du cours.

En situation de formation, les futurs enseignants sont amenés à élaborer des fiches et à les mettre en œuvre. A défaut de disposer de clases expérimentales pour la pratique, nous faisons des simulations en classe. L’exercice est un jeu de rôle entre les élèves professeurs. A tour de rôle, ils jouent à l’élève, au professeur et à l’encadreur pédagogique. Ils explorent les différentes postures possibles par rapport à la fiche pédagogique. A la fin de la séance de simulation, l’enseignant qui a fait le cours fait en premier l’auto-évaluation de sa prestation avant que ses pairs se prononcent sur sa prestation. Quand nous avons l’opportunité d’avoir des élèves encadreurs pédagogique en situation de formation à l’école, ils sont associés pour simulés leur rôle avec les élèves professeurs.

Les exercices de simulation permettent de voir aussi la place essentielle de la fiche pédagogique dans la professionnalisation de l’enseignant de philosophie. La familiarisation et la maîtrise de la fiche pédagogique en situation de formation à l’école rend le stage terrain plus aisé et la certification assurée.

Conclusion

Vieille discipline enseignée, la philosophie souffre aujourd’hui de son refus à s’auto examiner et à rationaliser ses pratiques enseignantes. Dans notre contexte en particulier, la nécessité de l’évolution des pratiques s’est imposée. La fiche pédagogique est apparue comme un instrument de professionnalisation et d’amélioration de la pratique enseignante en philosophie. La philosophie doit pouvoir emprunter aux disciplines plus avancées en didactique les instruments de la professionnalisation des enseignants. L’enseignant de philosophie ne peut continuer à se marginaliser par des pratiques qui jurent contre l’essence rationnelle de la philosophie. Nous avons expérimenté et nous continuons à diffuser cette fiche à travers la formation des futurs enseignants de philosophie. Cet effort de rationalisation est indispensable pour sortir la philosophie de sa routine traditionnelle et surtout répondre à l’évolution de l’humanité où l’exigence d’esprit critique autrement dit la philosophie/philosopher est perçue comme une compétence de base.

Au-delà de la fiche elle-même que nous avons présenté, c’est le processus de son élaboration et ses apports dans l’évolution de la pratique enseignante qu’il faut considérer. L’évolution dans les pratiques enseignantes et donc la professionnalisation des enseignants est possible à partir de l’analyse des pratiques existantes. Il faut les interroger jusqu’à les expliciter sous forme d’instrument comme la fiche pédagogique.

Ces supports constitués, les perspectives d’amélioration sont possibles sur des bases explicites et en interactions avec les différents acteurs. Cette posture intellectuelle peut être bénéfique dans le domaine de l’enseignement technique et professionnel où d’une part le caractère pratique des apprentissages peut masquer l’absence d’une didactique consciente, explicite et où d’autre part l’évolution rapide des technologies impose de renouveler les pratiques enseignantes.

Bibliographie

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Sciences Humaines, HS N°24-Mars/Avril 1999 Didactique in « Sciences humaines : la dynamique des savoirs » « Les mots du savoir en éducation et formation».

Tozzi M.,  http://www.philotozzi.com/?p=307, janvier 2008.

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