Formation professionnelle dans le contexte de la réalisation du projet de réinsertion socio- économique des ex-soldats démobilisés en R.D. Congo : les attentes de la société, les pratiques pédagogiques et la réinsertion sociale

Formation professionnelle dans le contexte de la réalisation du projet de réinsertion socio- économique des ex-soldats démobilisés en R.D. Congo les attentes de la société, les pratiques pédagogiques et la réinsertion sociale

Formation professionnelle dans le contexte de la réalisation du projet de réinsertion socio- économique des ex-soldats démobilisés en R.D. Congo les attentes de la société, les pratiques pédagogiques et la réinsertion sociale

Par Kadi Kadianda Mwanza kadiandapsychologue@hotmail.fr

Introduction

Depuis quelques années, la république démocratique du Congo se trouve confrontée à différents conflits armés. Ces conflits opposent dans la plupart des cas, l’armée régulière à des groupes armés non contrôlés. Pour se pérenniser sur le terrain, ces groupes recrutent par la force les habitants des milieux ruraux (hommes, femmes et enfants) dans le but de renforcer leurs effectifs. Afin d’instaurer la paix durable sur toute l’étendue de la République, le gouvernement congolais a jugé bon de brasser dans les forces régulières, tous les groupes armés qui se rendent. Dans ces initiatives, il a opté pour la démobilisation des enfants, des personnes du troisième âge, des blessés de guerre et des personnes qui n’avaient aucune volonté d’œuvrer dans l’armée. Cependant cette démobilisation a posé des questions sur le devenir de démobilisés. Pour répondre à ces questions, le gouvernement a opté pour l’ergothérapie. Dans cette perspective, le Programme national de désarmement, démobilisation et réinsertion (UEPN-DDR) en partenariat avec l’Institut national de préparation professionnelle (INPP) Lubumbashi ont mis sur pied le projet de formation professionnelle qui vise la réinsertion socio-économique des démobilisés. Connaissant les caractéristiques de la population concernée par cette formation (analphabète, droguée, conscience chargée, traumatisée, victime de tortures etc.), nos préoccupations se résument par les questions suivantes :

  • Quelles seraient les attentes de la société par rapport à la formation professionnelle des démobilisés ?
  • Quelles seraient les pratiques pédagogiques utilisées dans des centres de formation ?
  • Ces démobilisés seraient-ils réinsérés dans la société après leur formation professionnelle ?

Cette étude poursuit les objectifs ci-après : décrire les attentes de la société par rapport à la formation des démobilisés, analyser les pratiques pédagogiques utilisées dans le centre de formation professionnelle, vérifier si les démobilisés se sont réinsérés sur le plan socio-économique.

Dans cette étude, nos hypothèses sont formulées de la manière suivante :

  • les attentes de la société par rapport à la formation professionnelle des démobilisés seraient la réinsertion socio-économique de ces derniers pour qu’ils arrivent à se prendre en charge ;
  • les pratiques pédagogiques utilisées dans le centre de formation (INPP) seraient : la catégorisation des groupes des apprenants en fonction de leurs capacités intellectuelles, donner plus d’enseignements pratiques, utiliser des langues locales et utiliser des langages professionnels, ;
  • ces démobilisés seraient réinsérés sur le plan socio-économique par leurs propres efforts parce qu’ils seraient regroupés en association pour exercer des petits métiers.

Aspects théoriques

Brève présentation du projet

En partenariat avec l’unité d’exécution du Programme national de désarmement, démobilisation et réinsertion (UEPN-DDR), l’Institut national des préparations professionnelles (INPP) a organisé depuis 2002 des formations des démobilisés dans les filières suivantes :

  1. Petit commerce : Être capable de créer et de gérer une petite entreprise ou un
  2. Coupe et couture : Être capable de distinguer différents tissus, d’utiliser n’importe quelle machine à coudre et de coudre l’habit sans l’assistance du formateur
  3. Mécanique auto : Être capable de réviser un moteur à essence et un moteur
  4. Conduite auto : Être en mesure de conduire un véhicule
  5. Menuiserie : Être capable de fabriquer des meubles en
  6. Boulangerie : Être capable de donner sur le marché du pain de la qualité espérée et
  7. Soudage et ajustage : Être capable de faire des réalisations de certains ouvrages métalliques.
  8. Maçonnerie : Être capable de faire tous les genres de constructions en pierres et en  pierres et en moellons

À la fin de la session de formation qui dure six mois, les groupes de diplômés sont dotés des kits constitués des machines, des outils, des groupes électrogènes etc. (cf. Rapport de la formation de démobilisés, 2012).

La formation professionnelle

La formation professionnelle est le processus d’apprentissage qui permet à un individu d’acquérir « le savoir et le savoir-faire » habilités et les compétences nécessaires à l’exercice d’un métier ou d’une activité professionnelle. Historiquement liée aux organisations du monde du travail, la formation professionnelle participe étroitement à la création des identités professionnelles. Elle développe des savoir- faire et des connaissances spécifiques, mobilisant des ressources en constante évolution. Elle fait partie de l’éducation des adultes et occupe un champ de recherche et de développement à part entière dans les sciences de l’éducation.

Le centre de formation professionnelle

Le centre de formation professionnelle est un lieu d’encadrement qui s’occupe de la formation professionnelle c’est-à-dire de l’apprentissage des métiers. Sa mission est d’assurer l’encadrement de la jeunesse pour une formation intégrale. Il s’occupe de celle-ci en lui donnant des connaissances professionnelles et une éducation sous toutes ses formes surtout l’éducation non formelle (Mwadi Kanonge, 2012, p. 109).

Quelques pratiques pédagogiques

D’après la conférence internationale sur l’éducation des adultes, déclaration de Hambourg (1997), il existe l’éducation formelle et l’éducation non formelle. L’éducation non formelle, puisque c’est elle qui couvre la formation professionnelle traitée dans cette étude, est assurée par les institutions extrascolaires. Selon Ph. Coombos, cité par Kanvaly Kadiga (1988, p. 47), une éducation non formelle est une activité éducative organisée en dehors du système d’éducation formelle établie. Cette forme d’éducation se distingue de l’éducation formelle par ses pratiques pédagogiques, ses stratégies et ses objectifs de rendre plus indépendants et actifs des groupes d’adultes et des jeunes.

Pour atteindre les objectifs, les pratiques pédagogiques suivantes sont appliquées :

  • donner les cours qui vont de la théorie à la pratique ;
  • aller des réalités les plus simples pour remonter aux explications les plus difficiles ;
  • aller de la vie et de la réalité quotidienne plutôt que des théories ;
  • faire le suivi pas à pas, étape par étape, tâche par tâche de chaque apprenti dans la réalisation d’une œuvre précise jusqu’à la phase finale comme le suggère J.-C. Nsomi (2010) dans l’approche par compétence ;
  • donner une information en adéquation avec l’emploi ;
  • les langues utilisées doivent être des langues communes et professionnelles (celles employées dans les industries).

Aspect méthodologique

Nos investigations ont été faites à l’Institut national de préparation professionnelle (INPP) Lubumbashi. Sa direction est située sur l’avenue Luvungi n° 18 dans la commune de Kampemba à Lubumbashi en R.D. Congo. Cet institut a pour mission principale d’améliorer la qualification professionnelle et comme objet social : la formation professionnelle. Kadianda Mwanza (2003)

Notre population est constituée de l’ensemble de formateurs professionnels, des démobilisés formés et des membres de leur famille. De cette population, nous avons extrait dans la session de 2012 un échantillon de 40 sujets (10 formateurs, 20 démobilisés et 10 membres de familles de démobilisés).

Dans cette étude, nous avons utilisé la méthode d’enquête accompagnée de la technique d’entretiens semi-directifs. Les entretiens ont été organisés selon les recommandations de Luc Abarello (1999, p. 66) sur la base d’un guide d’entretien constitué de différents thèmes « thèmes-questions » préalablement élaborés en fonction des hypothèses.

Résultats

L’analyse de nos résultats nous pousse à développer différents niveaux de lecture.

  • Le premier niveau de lecture, concerne les attentes de la société. Lorsqu’une entreprise ou une organisation envoie ses membres dans une formation professionnelle, elle vise la modification du comportement professionnel de ces Les formateurs et les récipiendaires et même les membres des familles de récipiendaires ont aussi leurs attentes vis-à-vis de cette formation professionnelle.

L’analyse des contenus des réponses nous a permis de résumer les attentes de la société en ces termes :

Les membres des familles de démobilisés veulent voir leurs frères ou sœurs reprendre la vie civile tout en étant capables de se prendre en charge. Les formateurs, s’attendent à doter les démobilisés des connaissances pratiques d’un métier. Selon ces formateurs, l’aspect réinsertion n’est pas dans leurs attributions, toutefois,  ils peuvent faire les suivis pour arriver à évaluer leurs actions de formation. Les récipiendaires eux-mêmes s’attendent à avoir une connaissance d’un métier et à être embauchés immédiatement après la formation.

  • Le deuxième niveau de lecture concerne les pratiques pédagogiques utilisées pendant la La formation professionnelle organisée dans le contexte de la formation des adultes se distingue toujours de l’éducation formelle par pratiques pédagogiques. Pour la formation professionnelle quelques pratiques pédagogiques doivent être adoptées. Connaissant les caractéristiques des ex-soldats citées ci-dessus, les formateurs ont adopté quelques pratiques pédagogiques pour adapter leurs enseignements :

Ils ont groupé les apprenants selon leurs capacités intellectuelles. Les objectifs opérationnels étaient formulés en fonction du job description pour opérationnaliser les enseignements. Les enseignements étaient très pratiques et ils se donnaient dans les langues locales. Les langages professionnels étaient d’avantage utilisés. Les évaluations étaient présentées sous forme orale.

  • Le troisième niveau de lecture concerne la réinsertion socio-économique des démobilisés qui ont suivi la Toute formation vise toujours une réinsertion ou une intégration de la personne qui doit suivre cette formation. Dans cette étude, nous avons vérifié si l’action de formation a permis aux démobilisés de se réinsérer sur le plan socio-économique.

Au cours de notre enquête au sujet de leur réinsertion, nous avons constaté en 2013 que les démobilisés formés par l’INPP se sont réinsérés sur le plan socio- économique. Pour preuve, ils se sont regroupés en associations qui se sont transformées en petites et moyennes entreprises. Cependant certaines associations n’ont pas pu résister jusqu’en 2014 (voir en annexe le tableau n° 3).

Conclusions  et suggestions

Les résultats de cette étude confirment nos hypothèses. Nous avons constaté effectivement que les attentes de la société par rapport à la formation professionnelle des démobilisés sont de voir les démobilisés apprendre un métier et l’exercer mais également qu’ils arrivent à se prendre en charge (réinsertion socio-économique). À ce sujet, les démobilisés s’attendaient à être embauchés immédiatement après par les entreprises, chose qui n’a pas été faite. Les formateurs ont utilisé les pratiques pédagogiques suivantes : détecter les besoins en formation, catégoriser les apprenants en fonction des capacités intellectuelles, donner un enseignement plus pratique et dans les langues locales, utiliser les langages professionnels. Pendant l’apprentissage, quelques problèmes se sont posés en ce qui concerne les comportements des récipiendaires. Ces derniers se droguaient dans le centre avant et après les séances de formations, ils se chamaillaient à tout moment, voire se bagarraient. Par rapport à la réinsertion de ces démobilisés, nous avons constaté que l’action de formation a permis la réinsertion de démobilisés. Cependant cette réinsertion n’a pas été suivie ou encadrée par ceux qui ont financé ce projet. En 2013, toutes les associations évoluaient très bien. En 2014, par manque de suivi, certains membres et certaines associations ont vendu les matériels reçus après la formation et ont disparu dans la nature. Nous suggérons que l’État congolais et ses partenaires fassent les suivis post-formation en facilitant l’embauche des démobilisés dans les entreprises existantes parce qu’ils sont incapables de s’autogérer.

Bibliographie

Abarello, L. (1999). Apprendre à chercher. Bruxelles : De Boeck. INPP Lubumbashi. (2012). Rapport de la formation de démobilisés.

Kadiga, K. (1988). Stratégies africaines d’éducation et développementautonome. Ceda Abidjan. p. 47. Kanonge, M. (2012). Problématique de l’éducation des adultes et le développement communautaire.

Thèse de doctorat, FPSE Unilu.

Mwanza, K. (2003). Rapport de stage de formation effectué à l’Institut national de préparation professionnelle.

Nsomi, J.-C. (2010). Bulletin d’information de la commission interministérielle de l’enseignement technique et de formation professionnelle, n° 3.

Rapport de la cinquième conférence internationale sur l’éducation des adultes (CONFINTEA). Hambourg, 14-18 juillet 1997, Agenda pour l’avenir.

Annexes

Question 1 : Quelles sont les attentes de la formation professionnelle des démobilisés ?

Tableau n° 1. Résultats sur les attentes de la société par rapportà la formation des démobilisés

 Opinions Formés Formateurs MF TOTAL
F p F p F p F p
Formation et embauche 20 0.5 0 0 5 0.125 25 0.625
Apprentissage d’un métier 0 0 10 0.25 0 0 10 0.25
Retour à la vie civile et capacité à se prendre en charge  9  0.225  7  0.175  10  0.25  26  0.65

MF : membre de famille de démobilisés

Question 2 : Quelles sont les pratiques pédagogiques utilisées pendant la formation ?

 

Tableau n° 2. Les pratiques pédagogiques utilisées pendant la formation

Pratiques pédagogiques Formateurs Récipiendaires
Formation des groupes des apprenants en rapport avec les capacités intellectuelles  X  X
Usage des langues locales X X
Les enseignements pratiques dans les ateliers X X
Formulation des objectifs en fonction de job description X X
Usage des langages professionnels X X
Organisation des épreuves orales X X
Suivre pas à pas le récipiendaire dans ses réalisations des tâches X X

X : acceptation

Ce tableau nous montre que les formateurs ont utilisé les pratiques pédagogiques citées dans ce tableau, résultats qui sont aussi confirmés par tous les récipiendaires.

Tableau n° 3. Résultats de l’enquête sur la réinsertion des démobilisés

 

 

Associations

 

Sigle

 

Membres

 

Activité

 

Adresses

Appréciation
2013 2014
1 Umoja Kigoma U.K 19 Menuiserie RUASHI N°7 ok Échec
2 Dieu est Grand G.D 16 Soudure Q/ KIGOMA ok Réussite
3 Randa Mbao R.M 15 Menuiserie camp vangu ok Échec
4 La Réussite A.R 22 Boulangerie ok Réussite
5 Boulanger de Kigoma A.B.K 21 Boulangerie Q/ Kigoma ok Échec
6 Étoile A.E 22 Menuiserie Q / RUASHI ok Réussite
7 Arrahim A .A 13 Mécanique Q/hewabora ok Réussite
8 Bon courage A.B 15 Q/ Golf ok Échec
9 Mukaté Bora M.B 14 Boulangerie Terr/ Kipushi ok Réussite
10 Main dans la main GMM 14 Q/ Bongong ok Échec
11 Asunof ASN 15 Commerce Q/ Bongong ok Réussite
0 Commentaires

Laisser une réponse

CONTACTER RAIFFET

Au plaisir de vous lire

En cours d’envoi
X
- Entrez votre position -
- or -

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?