L’enseignement des pratiques culturelles, la promotion des ressources traditionnelles camerounaises à l’Ecole normale supérieure de Yaoundé : Le cas du ghomala’ René Ndedje renedeje@yahoo.fr

L’enseignement des pratiques culturelles, la promotion des ressources traditionnelles camerounaises à l’Ecole normale supérieure de Yaoundé : Le cas du ghomala’ René Ndedje renedeje@yahoo.fr

L’enseignement des pratiques culturelles, la promotion des ressources traditionnelles camerounaises à l’Ecole normale supérieure de Yaoundé : Le cas du ghomala’
René Ndedje renedeje@yahoo.fr

Résumé

L’enseignement des langues et cultures camerounaises est effectif au niveau supérieur, notamment à l’ENS de Yaoundé avec l’arrêté No 08/0223 MINESUP/DDES du 03 septembre 2008 portant création d’un Département et d’un Laboratoire de Langues et Cultures camerounaises. Du coup, l’on se pose des questions sur le déroulement des enseignements. Parmi les questions récurrentes, nous avons : Quels sont les contenus des enseignements ? Qui est-ce qui enseigne ? Comment enseigne-t-on ? Par ailleurs, si l’enseignement des langues à ce niveau d’étude paraît aisé, il n’en est pas de même avec celui des cultures camerounaises bien que ces valeurs ne soient pas dissociables quant à la formation morale et intellectuelle des élèves-professeurs. Cette contribution essaie de répondre aux interrogations sus-formulées de même qu’elle expose le rôle que doit jouer l’école dans l’enseignement des cultures nationales dans le système éducatif au Cameroun, les difficultés rencontrées et les propositions de solutions.

Mots-clés

Langues et cultures camerounaises, enseignement, ressources traditionnelles, promotion

Introduction

Après la question d’insertion des cultures comme matière dans le système éducatif camerounais, celle qui préoccupe aussi bien les chercheurs que le grand public est leur enseignement. Alors que certains continuent à s’interroger sur le choix d’une ou de plusieurs cultures à enseigner dans un pays multiculturel, d’autres ne voient pas encore par quelle procédure on pourrait réussir à inculquer la ou les cultures aux apprenants. Or, personne n’ignore l’importance de l’enseignement des cultures sur les plans politique, économique, social, voire culturel. En effet, aucun développement durable ne peut s’opérer de manière convenable, dans un pays diversifié comme le Cameroun, sans la participation de plusieurs cultures. Par culture, il faut entendre un ensemble complexe comprenant les connaissances, les croyances, l’art, la morale, les coutumes, les habitudes et toutes les autres aptitudes qu’acquiert l’homme en tant que membre d’une société. Perçue sous cet angle, elle traduit un mode de vie qui particularise un groupe d’individus soumis à des structures sociales identiques. Ainsi, chaque communauté ou société a sa propre culture, sa façon de suivre les normes fixées par la coutume qui est autant riche que complexe.

L’enseignement de la culture permet de nationaliser l’éducation au Cameroun, de favoriser et de faciliter l’enracinement culturel et social du citoyen. Ce dernier doit comprendre et participer aussi à la transformation de son environnement immédiat de façon à la faire rayonner à l’extérieur. A travers cet enseignement, le retour à la culture du terroir débouche sur sa sauvegarde et sur sa valorisation. Ce processus n’est possible qu’à travers la maîtrise de l’espace dans lequel évolue (nt) le membre ou les membres d’une communauté. Chaque membre devant s’enraciner dans sa culture avant de s’ouvrir à l’autre, au monde extérieur.

La présente contribution montre que l’enseignement des cultures est une réalité à l’ENS de Yaoundé et qu’il est appelé à être opérationnel dans les autres écoles de formation du supérieur tout au moins du triangle national. En dépit du multiculturalisme qui caractérise le Cameroun, chaque culture regorge des éléments précieux à valoriser.

Situation ethno-culturelle du Cameroun

Dire que le Cameroun est culturellement une Afrique en miniature ne souffre d’aucune contestation. En effet, il regorge sur le plan culturel une diversité de croyances, d’opinions, de mœurs, de goûts, de niveaux de vie ou d’activités qui se traduit par une variété de groupes ou d’ethnies. L’ensemble de ces indications permet d’identifier, de déterminer le groupe de sorte qu’on ne puisse pas confondre ce groupe avec un autre ; des ethnies appelées à vivre ensemble bien qu’il n’y ait pas eu auparavant quelque chose qui présageait un devenir commun.

Parmi les ethnies évoquées, il y a « les Kirdis, Foulbé, Tikar, Mboum, Babouté, Bamiléké, Bamoun, Baya, Bulu, Bakweri, Douala, Ngomba, Malimba, Bassa, Banen, Beti, Baka, Ndjem, etc… » (Mveng, 1984) Tout ceci indique le paradoxe du peuple camerounais. Un peuple multiculturel qui relève d’un fait historique puisque personne ne peut justifier son appartenance à une culture quelconque. Néanmoins, on devrait manifester sa fierté d’appartenir à une culture si tant est que cette appartenance n’est ni une fatalité ni une malédiction.

L’existence de plusieurs cultures sur le territoire national a longtemps embarrassé les politiques au point où d’aucuns ont essayé de s’en servir pour diviser le Cameroun. A ces cultures s’ajoutent celles de l’occident qui sont un héritage aussi bien de la colonisation que de la mondialisation. Cette pluralité se manifeste sans ambiguïté à travers les expressions, les habitudes, les faits et les comportements. Elle constitue une richesse dans la mesure où chaque peuple a une culture qui lui est propre et à qui on ne peut imposer une autre. Il n’est donc pas étonnant que par exemple Markus, l’un des personnages principaux du manuel d’allemand Ihr und Wir ne puisse pas saluer avec les deux mains les grand-parents d’Adama au village ou bien qu’Adama à son tour n’arrive pas à consommer toujours froid pendant son séjour en Allemagne. Cela témoigne d’une interculturalité inévitable. Il importe de ce fait de laisser chaque culture s’exprimer tout en veillant avec la plus grande attention à ce qu’une culture ne soit pas étouffée par l’autre afin qu’il y ait un projet réel de développement social. Projet qui ne peut aboutir que si les ressortissants des différentes aires culturelles se mettent en groupes et conjuguent à la fois leurs ressources et leurs connaissances.

L’aire culturelle ghomala’, située dans la région de l’Ouest, dans les départements de koung-khi et des Hauts-plateaux, n’en fait point exception. « Elle couvre le grand Mifi et certains groupements des départements voisins. » (Nokam et Guekam Dzumafo, 2006). Nous pouvons citer entre autres les villages suivants : Bapa, Baham, Bandenkop, Bandjoun, Batié, Bayangam, Bahouan, Baleng, Batoufam, Bapi, Bameka, Bamougoum, Bafoussam et Bangang-Fondji. La présence du préfixe Ba- indique d’ores et déjà une certaine unité culturelle car sa valeur sémantique est les gens de… La carte annexée présente l’aire culturelle ghomala’ assortie du dialecte de référence à savoir le ghomala’ central (jo) parlé à Bandjoun.

Enseignement des cultures

Partant de la densité d’ethnies, la culture doit être perçue comme l’ensemble des activités soumises à des normes socialement et historiquement distinctes et des modèles de comportements transmissibles par l’éducation propre à un groupe social donné. Il y a certes eu des études sur les cultures camerounaises et sur l’identité, mais celles effectuées sur leur enseignement au niveau supérieur sont très limitées. Néanmoins, on peut relever dans les études récentes, des modèles d’enseignement de cultures qui ont été proposés en ce qui concerne les niveaux primaires et secondaires. On peut citer celles de Mba et Messina (2003), Tadadjeu (2005), Bitjaa Kody et Messina (2007), Assoumou (2008), Bitjaa Kody (2012) et de Messina (2012).

Que ce soit au niveau primaire, au niveau secondaire ou au niveau supérieur, la finalité est de permettre à toutes les cultures de sortir de leur statut oral, d’être codifiées et d’être enseignées dans un cadre formel. A cet égard, les apprenants, surtout ceux du supérieur sont initiés à la technique de collecte d’informations relatives à la culture et à celle de les enseigner. De manière laconique, qui dit culture dit éducation. Sur ce point, on doit donner à chaque camerounais la possibilité d’être initié dans la culture de sa localité. C’est la tâche que se donne le comité de langue ghomala’ chaque année et ce depuis longtemps par le biais de l’Association pour la Promotion de la Culture et la Langue ghomala’ dans le cadre de séminaires de formation. De ce point de vue, l’enseignement de la culture doit se situer au premier plan car il nous permet de découvrir notre singularité, de mieux nous connaître et d’appréhender notre avenir commun. Il ne fait aucun doute que « la crise de l’identité culturelle est la conséquence directe de la rupture de continuité dans la transmission de notre héritage culturel. Celui-ci ne peut redevenir vivant que si cette continuité est rétablie par l’éducation. » (Sengat Kuo, 1985). Ceci se pratique au sein du département de langues et cultures camerounaises de l’Ecole normale supérieure de Yaoundé comme cadre institutionnel où des ateliers correspondant aux cultures ont été constitués dans le premier et le second cycle de formation à l’ENS avant d’être réduit au seul premier cycle. La mission de formation des enseignants qualifiés dans cette nouvelle structure pédagogique est une tâche ardue au vu de la diversité culturelle.

Le département des langues et cultures camerounaises face à la diversité culturelle

Plusieurs cultures sont enseignées dans cette institution. Lesquelles cultures présentent des traits communs qui sont observables par exemple dans le domaine de la sorcellerie. A ce sujet, on peut évoquer le nto, famla, nsong, kong, ngbwel, dikati, evu, bisume et le lilan qui constituent certes un héritage commun, mais complexe voire ambigu.

Dans la politique générale de l’enseignement des langues et cultures camerounaises, toutes n’ont pas le même niveau de développement. Si l’on se réfère aux critères de développement écrit d’une langue « à savoir les études scientifiques, les publications de vulgarisation, le personnel et l’utilisation de la langue » (Sadembouo et Watters, 1987), on comprend pourquoi certaines cultures plutôt que d’autres ont été choisies. Au sujet des critères de choix des langues et cultures, Bitjaa Kody (2013) apporte les clarifications suivantes :

« Le concours d’entrée à l’ENS ne tient pas compte de la langue camerounaise que le postulant souhaite enseigner plus tard. (…). Avant le premier cours de l’année académique, chaque élève admis dans la série LCC remplit une fiche dans laquelle il décline son identité linguistique et culturelle. »

Toutefois, cela ne signifie nullement que l’utilisation orale d’une ou des cultures dont la forme écrite est en cours de développement est négligée ou abandonnée. En clair, l’insertion des cultures commence par celle les mieux documentées et va se poursuivre avec celles qui auront acquis la documentation au fur et à mesure. La promotion du patrimoine culturel du Cameroun est une préoccupation importante pour la filière LCC à l’ENS.

Multiculturalisme et choix de cultures enseignées

Le Cameroun est un pays multiethnique et à chaque ethnie correspond une culture. L’existence de plusieurs cultures a laissé quelque peu perplexes les responsables de l’ENS de Yaoundé en l’occurrence ceux du Département des Langues et Cultures camerounaises (DLCC) quant à choisir certaines cultures sans que d’autres ne soient frustrées.

Les critères de sélection des cultures ont alimenté des débats et continuent d’ailleurs à le faire. L’on a voulu s’appuyer sur la partition du Cameroun en zones culturelles pour opérer le choix, mais l’on s’est vite rendu compte que cela n’était pas suffisant et que l’approche n’était guère efficiente. Ensuite, on a estimé qu’une culture n’ayant ni documents écrits ni personnel ne pouvait bénéficier du privilège d’être enseignée. Enfin, le gouvernement a pensé qu’il fallait soumettre tous les candidats à un concours quitte au DLCC de ménager les cultures qui seraient présentées. Même si le risque qu’une culture soit majoritairement représentée est énorme, les cultures à enseigner ne sont plus une simple affaire de choix, mais elles dépendent de types de candidats qui auront réussi au concours. C’est pour cette dernière formule que l’on a finalement opté.

Pour pallier le phénomène de reconversion d’un candidat en une autre culture, il urge de la part des chercheurs comme le relève fort à propos Bitjaa Kody (2002)

« une instrumentation de toutes les langues nationales à travers la publication :

-des ouvrages de référence de la norme écrite ;

-des ouvrages de lecture continue liés aux cultures spécifiques (contes, proverbes, devinettes, chants, interdits, arts de vivre). »

Tout compte fait, le Département de Langues et Cultures camerounaises a mis sur pied des stratégies pour accueillir les candidats qui se réclament d’une ou de plusieurs cultures une fois qu’ils sont admis au concours.

Descriptif des enseignements

Contrairement au primaire et au secondaire où l’enseignant dispense les cours de langues et de cultures nationales en langue officielle, au supérieur il y a deux enseignants de langues et deux de cultures qui le font en langues nationales. C’est également le lieu de signaler que si dans le cours de langues les langues officielles sont quelquefois utilisées par certains enseignants, en culture, c’est la langue de la communauté qui est la plus indiquée.

Au Département de Langues et Cultures camerounaises, les cours sont répartis en UE fondamentales, en UE complémentaires et en UE optionnelles. Notre étude se situe dans le cadre des unités d’enseignement fondamentales. Elle explore les pratiques culturelles communautaires qui représentent une unité d’enseignement fondamentale et qui fonctionnent sous forme d’ateliers. Leur nombre varie en fonction des cultures en présence. En 2012 par exemple, nous avions les ateliers Bamoun, Basaa, Bulu, Fe’efe’e, Ngiemboon, Yemba, Beti, Ghomala’, Ngemba et Douala. Un atelier étant constitué d’élèves-professeurs issus d’une aire culturelle donnée, nous nous intéressons à l’atelier ghomala’ et plus précisément aux unités d’enseignement représentées par les codes LCC141, LCC142, LCC241, LCC242 et LCC341 dont l’intitulé est : Pratiques culturelles communautaires. Ces unités sont celles du premier cycle de formation à l’ENS. Signalons que c’est dans ces différents ateliers formés que se déroulent effectivement les cours de culture communautaire dans la langue de la communauté culturelle concernée. Ces cours se présentent sous deux aspects : l’aspect magistral (CM) et les travaux dirigés (TD), soit 4 heures par semaine à raison de 2 heures chacun. Le cours magistral étant, comme son nom l’indique, celui qui donne les grandes orientations et les TD ceux qui examinent minutieusement chaque notion abordée au cours magistral en apportant au besoin des illustrations. Or, les cours de TD ne sont pas toujours perçus dans cette logique puisqu’ils constituent des cours à part entière. Que ce soit les cours magistraux ou ceux de travaux dirigés, ils sont bien élaborés et bien structurés.

Contenu des enseignements de pratiques culturelles

Nous le présentons selon le semestre, le niveau, en cours magistraux et en cours de travaux dirigés.

Contenu des enseignements pendant les deux semestres

Semestre I

Tableau 1 : LCC141 Pratiques culturelles communautaires : environnement physique de la communauté

CM : Environnement physique de la communauté
TD : Environnement physique de la communauté
Présentation de la communauté ghomala’, temps, saisons, hydrographie, végétation, animaux, insectes, oiseaux
Temps, saisons, relief, animaux

Tableau 2 : LCC241 Pratiques culturelles : organisation et savoir être au sein de la communauté

CM : Organisation socio-politique
TD : Organisation socio-politique
Histoire de la communauté, origine de chaque peuple et liste des chefs, organisation politique et sociale du village, les fêtes et danses traditionnelles, confréries et sociétés secrètes
Grossesse, types de mariage, funérailles, rites de veuvage, cour du chef, expressions idiomatiques, patronyme, famille, respect et interdits, proverbes

Tableau 3 : LCC341 Pratiques culturelles : cosmogonie et religions endogènes

CM : Cosmogonie et religions endogènes
TD : Cosmogonie et religions endogènes
Cosmogonie, personnages illustres, culte des ancêtres, lieux sacrés, totémisme, sorcellerie, danses traditionnelles, magie, interdits, guérison traditionnelle
Coutumes, danses traditionnelles, magie

Semestre II

Tableau 3 : LCC142 Pratiques culturelles : arts de la communauté

CM : Littérature orale, musique et jeux traditionnels de la communauté
TD : Arts et artisanat communautaires
Expressions idiomatiques, récits, contes, proverbes, chansons, danses, communication par tambour
art culinaire, vestimentaire, architectural, sculpture, tissage, vannerie, instruments de musique, types de cérémonies

Tableau 4 : LCC242 Pratiques culturelles : histoire et généalogie de la communauté

CM : Evénements et cérémonies du cycle de la vie dans la communauté
TD : Evénements et cérémonies du cycle de la vie dans la communauté
Onomastique, grossesse, accouchement, mariage, régimes matrimoniaux traditionnels
Naissance, patronymes, rites d’initiation et de purification, consanguinité, décès, inhumation, funérailles, rites de veuvage

Il ressort de ce tableau que le contenu des différents cours porte effectivement sur la culture et qu’il est bien élaboré. Ces cours exigent aussi bien des professeurs que des élèves-professeurs des recherches sur les pratiques culturelles dans la communauté. En dépit de ces exigences qui sous-tendent les objectifs académiques, le problème important est celui de la pertinence des cours puisque plusieurs éléments culturels sont abordés à la fois. A cet égard, il est impérieux de circonscrire les aspects à étudier non pas de manière superficielle, mais profonde d’autant plus qu’il y a toujours un lien entre les diverses pratiques ayant cours dans la communauté.   Par ailleurs, le contenu des enseignements se fonde sur un plan qui détaille les éléments et les renseignements dans l’ordre préféré. Ainsi, le plan fait clairement ressortir les attentes de l’enseignant et celles des étudiants. C’est compte-tenu d’une organisation harmonieuse, concise et orientée des cours à dispenser que le projet pédagogique est nécessaire.

Exemple de projet pédagogique

Il s’appuie sur une unité d’enseignement fondamentale à savoir LCC 341 Pratiques culturelles : Cosmogonie et religions endogènes

Minimum horaire annuel : 112 heures

Nombre d’heures hebdomadaires : 4 heures (CM+TD)

Objectifs généraux :

  • produire de jeunes Camerounais enracinés dans au moins une culture authentique camerounaise capable de s’exprimer oralement et par écrit au moins dans une langue nationale et d’exprimer de manière créative un contenu culturel en cette langue ;
  • faire acquérir l’essentiel de l’héritage civilisationnel du peuple à l’origine de la langue.

Objectifs pédagogiques opérationnels :

A la fin de l’année universitaire, l’élève-professeur doit pouvoir :

  • parler des personnages illustres, du culte des ancêtres, de la sorcellerie et de la magie ;
  • décrire un lieu sacré, une séance de guérison traditionnelle, caractériser une société secrète et une confrérie ;
  • énumérer les danses traditionnelles et présenter les différents acteurs.

Objectif spécifique : (dépend du cours à dispenser)

Tableau 5 : Exemple de Projet pédagogique

Thèmes, textes
Activités
Activités évaluatives
Matériels didactiques
Enseignant
Etudiant
– Prise de contacts
Cosmogonie
Champ lexical
-Présente le plan du cours
-requiert les points de vue
-Réagit et note
Collecte d’informations
Culture générale, documents
Personnages illustres
-Fait observer, interpréter et noter
-Répond aux questions
Présentation d’un personnage
Cours d’histoire, de la littérature orale, documents
Divinités
-Expose
-Suis et réagit
Exercice de vocabulaire
Cours d’anthropologie
Culte des ancêtres
Champ lexical
-Expose
-Aide à formuler les idées
-Ecoute et interprète
Exercice de vocabulaire
Cours d’histoire, magazines
Lieux sacrés
-Fait identifier les indices
-Propose
-Copie
Cours d’anthropologie, géographie, écologie
Totémisme
-Expose
-Réagit et note
Cours d’histoire
Sorcellerie
Champ lexical
-Demande les points de vue
-Note
Exercice de vocabulaire
Culture générale, textes
Magie
Champ lexical
-Fait commenter des pratiques
-Décrit et -Copie
Exercice de vocabulaire
Culture générale, images
Danses traditionnelles
Champ lexical
-Donne des exposés
-Exprime son opinion
Exercice de vocabulaire
Cours d’anthropologie, cérémonies traditionnelles
Acteurs des différentes danses
-Fait décrire
-Décrit et note
Images, cours de musique

Le tableau ci-dessus est illustratif à plus d’un titre. Il présente l’organisation des enseignements de même que les différents acteurs de l’activité pédagogique à mener. Il montre aussi bien les thèmes à aborder que les activités précises des enseignants et celles des élèves-professeurs, les types d’évaluations et les matériels didactiques. Ce tableau indique également la durée de chaque cours. Pour une efficacité dans le déroulement des activités, le projet pédagogique devrait être consulté avant et après le cours pour des éventuelles modifications. La qualité des activités, voire l’atteinte des objectifs dépendent de la compétence des enseignants.

Animation du cours

La question de la pédagogie anime encore les débats surtout lorsqu’il s’agit de déterminer les critères à partir desquels on est enseignant. Ce n’est pas suffisant que d’être enseignant d’université. Dans la pratique quotidienne de l’activité de la formation au haut niveau où l’on a en prime la construction des savoirs, il faut allier connaissance et compétence. Ainsi, enseigner au niveau supérieur revient à faire preuve non seulement de la maîtrise des savoirs, mais également des techniques et des stratégies d’enseignement.

Les enseignants de la culture communautaire qui interviennent au DLCC répondent à ces dispositions. Ils sont des spécialistes de la culture de la communauté. Ils maîtrisent la culture de leurs ancêtres et sont en mesure de la transmettre oralement dans la langue communautaire afin de renforcer l’enracinement des élèves-professeurs dans leur culture. Les étudiants formés dans cette institution vouée à l’acquisition de la culture nationale fourniront à leur tour des cadres à l’ensemble du système éducatif camerounais qui, lui aussi, doit offrir une place de choix à la culture nationale.

Cependant, le nombre d’enseignants chargé d’assurer ces enseignements est bien insuffisant. La difficulté de trouver des spécialistes compétents en la matière ne vient pas du fait qu’ils n’en existent pas, mais elle tient de la volonté du gouvernement qui prend très peu en considération le recrutement des enseignants. C’est la raison pour laquelle ces enseignements pour l’heure sont dispensés par des permanents, des moniteurs et des vacataires. On ne saurait nier que ces pédagogues n’ont véritablement pas reçu des cours de pédagogie, mais qu’ils s’investissent tant bien que mal sur la seule base de leur compétence en culture locale. Le DLCC présente une situation particulière parce qu’il est nouveau et donc ne dispose pas encore des documents didactiques adéquats.

Matériels didactiques

L’enseignement des langues et cultures camerounaises comme matières dans le système éducatif est récent. Il n’est donc pas surprenant de constater qu’il y a un déficit d’études aussi bien sur les langues que sur les cultures. Certes, il existe quelques ouvrages sur l’un ou l’autre aspect, mais ces productions ne sont pas souvent exhaustives. En l’absence des supports didactiques appropriés pour les enseignants, la plupart des cours se fondent sur des exposés préparés et présentés par les étudiants. Pourtant, ils ont de plus besoin, comme Paulin (2008) le signale :

« d’un outil qui leur permet de se remémorer les habitudes, les contes, les chants, les proverbes ou tout autre pratique d’antan. L’oralité n’est certes plus le seul canal de préservation et peut perdre de son prestige aux dépens des nouveaux supports, mais il ne faut pas négliger le pouvoir de la parole « directe » que l’on retrouve dans les soirées de contes et l’impact que ces histoires ont sur les jeunes enfants. »

Le constat inextricable est que nous devenons de plus en plus étrangers à notre univers culturel. Ainsi, la voie de salut qui s’impose est bien celle de la collecte des informations écrites et audio-visuelles en vue de l’élaboration des documents culturels de tout genre.

Les ouvrages écrits doivent être publiés à l’intention des locuteurs de la culture pour leur faire prendre conscience de leur culture dans sa forme écrite et de les aider à l’utiliser sous cette forme. Les efforts de l’Association pour la Promotion de la Culture et de la Langue Ghomala’(APROCLAGH) et de bien d’autres sources de production de matériels didactiques sont louables et ont certainement payé sur ce point. La méthode d’enseignement des cultures dans le système éducatif camerounais varie d’un niveau à l’autre. Qu’en est-il du supérieur ?

Techniques d’enseignement des cultures au niveau supérieur

Parler de la méthode d’enseignement, c’est indiquer la procédure de présentation, d’organisation de l’objet d’enseignement et des interactions avec des étudiants. Il s’agit des stratégies d’exposition des idées, de découverte de la vérité selon certains principes et dans un certain ordre qui caractérise une certaine démarche organisée d’esprit. Dans les études antérieures, il a déjà été démontré que la langue maternelle concourt à l’enracinement culturel même si on ne peut pas totalement se départir des langues officielles qui font partie de la réalité historico-culturelle de notre pays. Toutefois, il n’est pas très indiqué dans ce cadre, du moins selon la réflexion que nous menons, de dispenser un cours portant sur une cérémonie, sur un chant lié à la une pratique culturelle ayant cours dans la communauté d’abord en français ou en anglais avant de le traduire en langue maternelle. Cette technique n’aidera pas beaucoup l’apprenant qui a envie de manipuler les connaissances tant dans la dimension orale que dans la dimension écrite et qui voudrait devenir un spécialiste de la culture de sa communauté.

Sans rejeter le bilinguisme LM-LO1 ou LO2, il est question de laisser libre cours au locuteur natif d’exploiter ses atouts de la langue première, de premier moyen de socialisation et d’ajouter à la compétence orale plus ou moins bien enracinée, une compétence écrite qui permet « une meilleure conservation et transmission des connaissances et de la culture endogènes. » (Mba, 2008)

Pour la tâche qui est menée, l’approche interactive est appropriée ; celle qui requiert la participation active de l’apprenant au processus d’apprentissage. Elle encourage l’étudiant à travailler plus fort, l’aide à devenir un apprenant autonome.

Dans la phase proprement dite d’un enseignement en présentiel, l’enseignant n’est plus celui là qui détient le savoir et le savoir-faire, mais celui qui a la capacité à emmener, à accompagner l’étudiant à construire ses propres savoirs, en créant une atmosphère de détente et de confiance. Ce changement de paradigme se traduit par la diminution de la part de l’enseignement et la montée de celle d’apprentissage. L’essentiel de son activité consiste à apprendre à apprendre. A cet effet, un temps raisonnable est laissé aux élèves-professeurs pour réfléchir et pour chercher.

Dans cette perspective, l’approche pédagogique exploitée est celle basée sur les formes expositives et intégrant plusieurs étapes. Elle consiste pour l’enseignant à présenter tout d’abord le contenu du cours, à élaborer ensuite le champ lexical de la notion ou du concept à étudier et enfin à demander aux étudiants d’effectuer des recherches à courte ou à longue durée dans les cultures de la communauté en interrogeant les parents ou toute personne susceptible de leur fournir des informations fiables. Après cette phase de collecte des données socio-culturelles, vient celle de leur exploitation et au cours de laquelle les élèves-professeurs s’inspirent de leur corpus pour répondre aux questions des camarades et du professeur. Ici, la priorité est laissée aux autres étudiants de réagir aux propos ou aux réponses des exposants. Cependant, le professeur doit régulièrement revenir sur les idées et les faits essentiels. Pendant cet exercice d’échange et de partage intellectuel, chaque participant essaie de circonscrire ce qui lui semble fondamental par rapport au thème du cours. Bien sûr que cette technique correspond au niveau de réflexion et d’apprentissage des étudiants. A la suite de diverses réactions, les connaissances ou savoirs sont harmonisés et capitalisés pour une meilleure compréhension du fait culturel exposé. Dans ce type de processus, l’enseignant se situe non seulement en aval des réactions des étudiants, mais aussi de celle de la construction de leurs savoirs.  Lors du traitement des données, on rencontre presque toujours des difficultés liées aux limites de l’approche adoptée.

Difficultés et propositions

En examinant l’enseignement des cultures, l’on ne peut que s’en tenir à quelques aspects des difficultés variées qu’il soulève. Ces difficultés s’observent non seulement au niveau technique, mais aussi au niveau pratique.

Concernant l’aspect technique, il y a le choix des cultures à enseigner. Il ne semble pas évident de prévoir l’origine culturelle des candidats qui réussiront au concours. Ce qui obligerait aussi le département en charge de l’enseignement des cultures à faire recours à un enseignant disponible avec le risque de ne pas en trouver puisque le recrutement n’est pas ponctuel. Pour éviter des désagréments, il devrait être planifié. Il peut également arriver que les lauréats soient d’une même aire culturelle ou de deux aires seulement. Dans ce cas, on aura du mal à répondre au besoin somme toute pressant de l’enseignement de toutes les cultures nationales. Le manque de documents, de CD audio ou vidéo, des photos, de matériaux de fabrication ou de construction, d’ouvrages pédagogiques ; l’impossibilité d’effectuer des voyages de recherche avec les étudiants ne permettent pas d’assurer de meilleurs cours. La négligence de ces éléments explique pourquoi les enseignements ne sont pas assez profonds.

De plus, il est clair qu’être ressortissant d’une culture ne suffit pas pour l’enseigner. Ce privilège culturel ne signifie d’ailleurs pas que l’on maîtrise les éléments de sa culture ou qu’on peut pédagogiquement permettre aux autres de les acquérir surtout en utilisant la langue de la communauté.

Ainsi, l’utilisation de la langue étrangère très souvent mal connue pour enseigner une culture locale est tout à fait inappropriée et peu recommandable dans ce contexte d’apprentissage /enseignement.  Elle ne permet ni à l’étudiant de rester rattaché à sa culture ni à l’enseignant de transmettre rapidement et aisément le savoir. Ce qui signifie que « les langues de transmission du savoir comme le français ou l’anglais au Cameroun bloquent ou retardent sérieusement le processus de transmission des savoirs proprement africains dans les structures scolaires et universitaires. » (Kum’a Ndumbe III, 2007). Les études sur l’identité culturelle camerounaise apportent un éclairage édifiant sur l’importance de la langue nationale en ce sens que « dans les discours que nous adressons à la nation, toutes les campagnes de sensibilisation que nous faisons en français et en anglais, les masses qui sont là présentes qui applaudissent n’y comprennent rien. » (Towa, 1985). L’étudiant qui aura reçu des enseignements par le biais d’une autre langue sera un illustre illettré de son propre héritage culturel. Partant, il peut à peine tenir une conversation ou décrire une cérémonie traditionnelle ; d’où la nécessité de la connaissance de la culture.

Au niveau pratique, pour pallier les difficultés relevées, il faudra un aménagement particulier à la faveur de l’enseignement. Tout en restant dans la logique de concours comme unique voie d’accès à ce département, il sera judicieux de repenser d’abord l’approche pédagogique, mettre ensuite sur pied une politique d’action et d’invention de nouvelles stratégies sans laquelle il sera difficile d’enseigner notre culture et de déterminer la relation qu’elle a avec les autres. Engager dans la même perspective des recherches sur toutes les cultures afin de produire de la documentation selon la norme écrite.

S’il y a un recrutement des enseignants permanents, ceux-ci pourront véritablement s’investir dans la tâche qui leur est dévouée ; ce qui permettra d’éviter les vacataires qui n’ont pas toujours le cœur à l’œuvre. Il sera également important d’inviter régulièrement des personnages ressources au cours pour une démonstration. Ce qui amènera l’élève-professeur à vivre un fait culturel ou à contribuer à la fabrication d’un objet relevant de sa culture. Si tout ceci est effectivement mis en œuvre, l’originalité des traditions, des cultures sera préservée et tous les supports écrits ou numériques aideront à leur sauvegarde et à leur promotion.

Conclusion

Bien que l’enseignement des langues camerounaises ne se dissocie pas de celui des cultures, il reste tout de même évident que les stratégies appliquées aux deux sont différentes. La différence porte sur le fait que dans l’enseignement de la culture comme discipline, outre la théorie, la disposition d’une variété de supports pédagogiques est un impératif. L’étudiant est totalement impliqué dans la mesure où il est tenu de collecter lui-même des données à partir d’un certain nombre de faits ou images présentées pour en bâtir ses propres connaissances. Le contenu des enseignements, le profil des enseignants autant que la méthode d’enseignement ont été présentés et constituent des orientations non négligeables. Toutes choses qui concourent à la connaissance et à la promotion des valeurs traditionnelles.

Bibliographie

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Annexe

Carte : Aire ghomala’ phone (Grand Mifi-Ouest Cameroun)

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